Art nègre et cubisme

Art nègre et cubisme

Dans la tradition ouverte depuis la mise en oeuvre de la perspective à la Renaissance,  le peintre donnait du sens à des images ressemblantes. Et voilà que des formes exprimant la structure abstraite et non l’identité, des formes simplifiées, déformées, créées dans des sociétés traitées de primitives ou de sauvages, se trouvent porteuses d’une expressivité infiniment plus forte, plus adaptée aux sensations du XXème siècle que les figures usées de l’académisme.

Matisse, Derain et Picasso voyaient dans ces objets africains non plus des curiosités comme les colons qui les rapportaient en Europe, mais de l’art.

Il y a ainsi de l’art nègre dans l’élaboration des signes plastiques qui vont assurer l’essor de ce qu’on appelle le cubisme synthétique et une solution esthétique qui aboutissait à la liberté qu’ils ambitionnaient.

La communication entre Picasso et l’art nègre n’a ainsi plus cessé d’intervenir dans sa création à chaque fois qu’il a senti le besoin de s’appuyer sur le « dérangement primitiviste ». En fait, c’est tout son vocabulaire proprement cubiste, ses reconstructions géométriques qui doivent quelque chose à sa réflexion sur la stylisation nègre. Si Picasso s’est servi de moyens et d’un vocabulaire empruntés à l’art d’Afrique noire, c’est parce qu’il reconnaissait leur pouvoir expressif et leur transcendance. Il n’a cessé d’affirmer qu’à ses yeux, cet art était un art savant et pas un art primitif au sens vulgaire donné à ce terme.

Il a ainsi contribué à une communication esthétique au plus haut niveau entre l’art moderne et les arts d’Afrique noire, rendant à ceux-ci toute leur place dans les développements de l’art de l’humanité.

C’est ainsi que l’on retrouve « l’image » des nombreux objets africains collectionnés par Matisse, Derain et Picasso dans nombre de leurs oeuvres.

Par exemple, ce masque Mahongwé…

…dont on dit qu’il inspira Picasso pour la création des demoiselles d’Avignon !
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Ce qui est faux, disent les experts, puisque le masque de Picasso ne lui fut rapporté qu’en 1930 alors que les demoiselles d’Avignon datent de 1907…

Comment ne pas être troublé pourtant par la « présence » de ce masque dans le Nu à la draperie, peint également en 1907…

 

… comme aussi dans la tête de l’étudiant en médecine, toujours de 1907…

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… ou encore dans cette étude pour les demoiselles d’Avignon, antérieure à 1907 ?

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Autre exemple : Ce masque Kwélé…

 

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…qui a probablement inspiré Picasso pour la création de l’Atelier, huile sur toile de 1927 – 1928

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(Textes et documentation tirés des livres Picasso, l’homme aux mille masques, Collection Barbier-Müller et Les arts d’Afrique de A-M Boyer, éditions Hazan)

 

 

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