Sorcières : La croyance en la tradition

Nous tenons à insister sur le fait que l’efficacité du pouvoir magique des « sorcières » dépend de la croyance des Béninois en ce pouvoir. Elle se présente sous trois formes qui se complètent et se renforcent :

- La confiance qu’a la sorcière dans l’efficacité de ses actes.

- La croyance en son pouvoir sur la victime qu’elle tourmente ou sur le malade qu’elle guérit.

- Et enfin, celle du village qui permet de constituer une atmosphère dans laquelle se créent et évoluent les rapports entre la sorcière et ses victimes.

Il y a tout un système mental qui se déclenche dans l’esprit des villageois lorsqu’ils apprennent par la famille d’une victime que telle ou telle ajè (Ajé : Force destructrice des femmes),  par exemple, ensorcelle son enfant.

Comment cela se produit-il ?

En Afrique en général et plus particulièrement au Bénin, lorsque quelqu’un souffre (de maux de tête, de coliques…), on l’emmène voir un médecin et on consulte aussi l’oracle pour savoir si la maladie est « normale » ou provoquée, c’est-à-dire si l’un des villageois a lancé un sort au malade.

Lorsque le bokonnon (Bokonnon : Devin, celui qui interprète les messages des dieux),  après avoir interprété le message des dieux, affirme que c’est telle ajè qui ensorcelle le malade et que ce dernier ne peut être sauvé, l’attitude de la collectivité villageoise vis-à-vis de cette victime change automatiquement.

En général, la famille du malade fait en sorte qu’il n’apprenne pas la mauvaise nouvelle. Cependant, elle agit envers lui comme s’il était déjà mort. Tout le monde le regarde d’un air pensif. Ses amis ne lui rendent plus visite et les membres de sa famille qui vont le saluer ne restent que brièvement avec lui. Tout se passe comme si la société dans laquelle il vit anticipait sa mort. Il devine le danger qui le menace et se trouve moralement affecté. S’il a un esprit combatif, il puise des forces dans l’espoir de recouvrer la santé et s’alimente bien. Quand il survit, tout le village dit que son esprit est si fort que la sorcellerie n’a pu le tuer. Dans le cas contraire, il devient très angoissé, perd l’appétit et finit par succomber.

Le comportement des villageois est aussi lié au fait qu’au Bénin, on dit souvent que lorsque vous allez voir une personne gravement malade, elle peut être guérie en retournant sa maladie contre vous.

De temps en temps, on dit également : « Tu vois un tel ou une telle, elle est sortie de sa grave maladie après avoir livré ses trois sœurs à la sorcellerie à sa propre place ».

C’est pour ces raisons que les gens se méfient des personnes tourmentées par des sorcières.

Nous constatons donc que la réussite d’un sort jeté par une sorcière dépend avant tout du climat psychologique dans lequel elle opère. Il en est ainsi chez les Nago et les Yoruba.

 

Extrait de : Le masque dans la société béninoise de Odile Puren Adda-Branco

 

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