Fang

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Fang est un nom donné par les Occidentaux à des groupes qui se répartissent sur les territoires du Cameroun, de la Guinée Equatoriale et du Gabon.

Cette appellation recouvre des sous-groupes différents parmi lesquels on pourrait englober les Bulu et Mabea à la fontière sud du Cameroun, les Mvaï et Ntumu au Nord du Gabon, les Okak et les Mvaï encore à la frontière de la Guinée-Equatoriale, les Betsi sur le moyen Ogooué…

Elle se justifie par des traditions communes à tous ces peuples !

Particulièrement, quand on parle des Fang, reviennent toujours les termes Ngil, Byéri, et Bwiti…
Le « Ngil » était une société (au sens de groupe) secrète à caractère judiciaire dont le but était la recherche et la mise hors d’état de nuire des sorciers.

L’initiation au « Ngil » comprenait purification, flagellation, confession des crimes et/ou des ruptures d’interdits, épreuve ordalique (mettre sa vie en danger), présentation des reliques des ancêtres (voir byeri ci-dessous) et sacrifices.

C’était un passage symbolique, de l’état androgyne à l’état adulte, sexuellement défini. Le lieu sacré du « Ngil » était une clairière de brousse, de forme rectangulaire, nommée ésam, avec de grands gisants de terre mouillée de forme vaguement humaine représentant « Ngil » et sa femme.

Les néophytes devaient ramper devant ces effigies en passant au-dessus d’une fosse dans laquelle étaient cachés des guerriers cherchant à les blesser de leur armes. Ils devaient aussi subir l’épreuve des fourmis. Seuls les hommes pouvaient être initiés au « Ngil ». Le « Ngil » était en somme utilisé comme protection de l’individu contre les maléfices et les empoisonnements. Il faisait partie des rituels de régulation de la vie villageoise gabonaise traditionnelle.

Le rituel se poursuivait dans la cour du village au petit matin ou au crépuscule. Armé d’un sabre rituel ou d’un simple gourdin, le « Ngil » était censé détruire les cases des villageois en conflit avec les autres membres de la société, conflits à l’origine d’interminables palabres qui portaient sur les adultères, les vols ou les dettes. Le porteur du masque avait une voix grave qui faisait peur aux femmes et aux enfants.

Le masque Fang le plus connu est celui associé à la société Ngil : Il présente des traits allongés et un visage en forme de coeur ; en termes esthétiques, il est impressionnant de pureté en ce qu’il dessine un visage avec quelques simples traits…

Censé détenir des pouvoirs judiciaires, il était porté, comme il a été dit supra, pour désigner les responsables d’actions contre la société.

Les masques Ngil furent interdits par les autorités coloniales françaises peu après l’année 1910 suite à une série de meurtres rituels

masque Ngontang

Il fut très vite remplacé par un nouveau type de masque, appelé Ngontang. Ce masque heaume , à trois ou quatre visage généralement de couleur blanche, symbolise une jeune fille blanche. Il est utilisé durant les cérémonies accompagnant les funérailles et les naissances.

Le symbolisme de ces multiples visages n’est pas connu ; ils ont été  interprétés comme la représentation de la dualité masculin-féminin ou comme une allégorie de la mort, de la vie, de la naissance et de la maladie. Il faut noter que la couleur blanche est, chez les Fang, souvent associée au monde des ancêtres.

Masque Bikeghe

Un peu plus tard, de 1925 à 1950, sont apparus les masques bikeghe (ou ekekek), une autre évolution stylistique des masques Ngil.

Masques de type « croquemitaine », ainsi que les qualifie Louis Perrois dans son livre « Fang », souvent caricaturaux des colons européens (D’après certaines sources, les masques bikeghe représenteraient de manière stylisée ou caricaturale des européens considérés, dans le contexte colonial de l’époque de travail plus ou moins forcé sur les chantiers forestiers ou autres, comme des entités effrayantes), ils donnaient lieu à des manifestations beaucoup moins violentes que les anciens rites du Ngil, manifestations devenues peu à peu folkloriques.

Ils apparaissaient néanmoins toujours à l’occasion de la danse angomelakh destinée à découvrir les sorciers.

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Le byeri est le culte des ancêtres qui était pratiqué par les Fang du Gabon et du Sud Cameroun.

La figure de reliquaire eyema byeri (statuette) ou seulement la représentation d’une tête (nlo byeri) est liée aux ancêtres fondateurs du lignage et surmonte une boîte nsekh byeri (en écorce roulée) dans laquelle sont conservés les ossements et plus particulièrement les éléments du crâne.

Comme pour de nombreux peuples d’Afrique, le crâne est le lieu où réside la force vitale de l’individu. Cette force peut se transmettre encore des morts aux vivants.

Le byeri désigne à la fois le culte et l’ensemble des reliques et de la figure.

Ces boîtes, en général conservées dans le coin sombre d’une case, remplissaient une fonction apotropaïque et servaient également à la consultation des ancêtres dans le cas de prises de décisions importantes, mais aussi aux initiations des jeunes gens (voir ci-dessous : Le bwiti) lors desquelles on montrait les crânes familiaux aux jeunes garçons. Ces derniers, avec l’aide de plantes hallucinogènes, pouvaient alors entrer en communication avec les ancêtres.

Pendant ces fêtes, les statues étaient séparées de leurs boîtes et portées en parade.

Le culte du byéri s’est peu à peu éteint à partir des années 1920.

A travers les Fang, le Bwiti, largement répandu au Gabon, s’est également diffusé en Guinée équatoriale et au sud Cameroun.

Le rite de passage du Bwiti est centré sur la manducation par le néophyte d’ écorces de racines de l’arbuste appelé iboga ou eboga (Tabernanthe iboga). Divers alcaloïdes présents dans cette plante (notamment l’ibogaïne) possèdent des propriétés psychodysleptiques de type hallucinogène. Pendant le rite de passage, l’absorption d’une dose massive d’iboga permet ainsi au néophyte d’obtenir des visions spectaculaires dont le récit aux initiateurs serviront à valider son initiation.

Rite de passage pubertaire, strictement masculin, le Bwiti, dans certaines régions accepte souvent (et de plus en plus) les femmes en son sein.

Film de Yann Guignon
Soul Garden (Le Jardin de l’Ame)

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